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Marise n’aurait pas cru que les propos du nain s’ancreraient si profondément en elle. C’était déjà bizarre de se dire que Noah recevait les pensées d’un nain, et que ce nain avait plus de sagesse que tous ses professeurs. Surtout, si c’était juste là, accessible aussi facilement — et pour que Noah y arrive, ça ne devait pas être bien dur —, pourquoi n’en entendait-on jamais parler ?

Parce que c’était faux ?

Si c’était faux, pourquoi est-ce que son cœur lui semblait désormais plus léger ?

Qu’est-ce qui distinguait le vrai du faux ? La science. La science, c’était la reproduction fiable de circonstances dont on pouvait tirer une vérité, une loi. Et cette loi était vraie. Mais la science ne se prononçait pas sur ce qui ne pouvait être reproduit. Les scientifiques essayaient beaucoup plus qu’ils ne réussissaient. Ainsi, dans le domaine de la vie et de la mort, la science n’avait pas grand-chose à dire.

— Noah ! héla-t-elle en sortant dans le jardin. Noah !

— Je suis là ! lui répondit un cri loin dans le champ.

Elle descendit à la rivière. Noah se trouvait où il avait reçu le message de la licorne. Marise espéra qu’il n’avait pas vu le sang séché dans l’herbe. Ça aussi, c’était un truc con à cacher, mais une chose à la fois.

— T’as retrouvé la licorne ?

— Oui.

— Ça tombe bien, j’ai une question.

— Attends, attends. J’en étais à comprendre comment récupérer mes mains.

— C’est vrai ? C’est possible ?! s’exclama-t-elle.

Noah ferma les yeux. Marise patienta.

— Dès que j’aborde ce sujet, je ne l’entends plus.

— Ah, merde. Je te donne un autre sujet, pour voir ?

— T’es têtue comme fille, lui sourit-il. Vas-y, balance.

— Pourquoi on ne nous enseigne pas à parler aux esprits ?

Noah posa la question et répéta la réponse :

Pour la même raison qu’on ne t’apprend pas à vivre avec la nature plutôt que contre elle. Contre la pluie, contre le chaud, contre le froid, contre les herbes, contre les animaux, contre les petits fruits, contre les acariens, contre la maladie, contre la mort, contre et toujours contre. Jamais avec.

Marise réfléchit.

— Purée, je sens que ça va être un sacré cheni à démêler…

— Un écheveau. On démêle un écheveau.

— Dit le poney, s’amusa Marise.