Noah avait de plus en plus de facilité à relayer les messages sans les entendre en entier avant. Il passait les mots, sauf quand il ne les trouvait pas. Le contrecoup, réalisa-t-il ensuite, le faisait passer pour un abruti :
— Elle a dit quoi ?
Marise la regarda, suspicieuse.
— Comment ça ? C’est toi qui l’as dit. Tu ne te souviens pas ?
— Non. Ça me paraissait évident sur l’instant, mais je n’arrive plus à me souvenir.
— Mince alors ! Elle te possède ? Tu contrôles ce que tu dis ou juste tu t’effaces ?
— Je ne crois pas. Ma personnalité est toujours là. Si je ne comprends pas le message, je ne trouve pas les mots, je ne sais pas le transcrire. Et je suis conscient du temps qui passe comme de ce que je raconte. C’est juste qu’ensuite… je ne me souviens pas de ce que j’ai dit.
— Mince alors, faut t’enregistrer, mon pote ! Mais ça veut aussi dire que je peux poser des questions et que tu ne te souviendras pas des réponses ?
— Je me souviens de tes questions.
— Ah, c’est tout de suite moins utile.
— Moi aussi, je t’aime.
Elle lui tira la langue, puis répéta ce qu’elle avait compris de ce que la licorne avait dit à travers lui.
Noah réfléchit, mais pas longtemps.
— Parce que ce qu’on attend de nous, c’est de rentrer dans une case de la société. T’as pas besoin de savoir jardiner quand tu prends ta bouffe sur étagère. Encore moins savoir cuisiner quand c’est déjà prêt. Et comme tu sais pas faire, tu dois trouver le pognon pour acheter. Pognon qui t’est donné parce que tu as été bien sage et que tu travailles dans le métier qu’on t’a filé. Putain ! Vu comme ça, on vit dans un monde de merde. Ils font quoi, tes parents ?
— Mon père est ivrogne, aux dernières nouvelles, et ma mère est… prof de danse.
— Ah, prof de danse, ça va. Moi, elle est caissière-magasinière et mon père est éboueur.
— Bah, c’est toujours mieux que de vendre des assurances.
— Ça paie beaucoup moins.
Le silence de la raison s’imposa entre eux.