— Je l’ai tué ! Je l’ai tué, Noah ! J’ai tué mon enfant ! Tu comprends ? Je l’ai tué !
Sous les nuages, à genoux dans le champ au bord de la rivière, Noah la serrait fort contre lui.
— Mon Dieu ! Qu’est-ce que j’ai fait ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
— Tu as fait ce qu’il fallait pour vivre ta vie, Marise…
— Je l’ai tué ! Il y a son âme sur moi ! Comment je suis censée vivre après ça ? Il est mort ! Il était en vie, il est mort ! Je…
Les sanglots l’emportèrent sur les paroles. Noah la serra encore plus fort.
— Et on fait quoi maintenant, la licorne ? demanda-t-il.
— Il faut libérer l’âme, mais on n’est pas à quelques jours près. Elle doit faire sortir d’elle tout son chagrin, ses regrets, sa douleur. Tu ne dois pas les prendre en toi, Noah. Tu dois les laisser partir à la terre. Les dragons s’occuperont de les recycler.
— Ça me fait une belle jambe ! Elle tourne en boucle, là !
— Comme toi auparavant, Noah.
— Oh bordel…
Il se souvenait de la tourmente, alimentée par le moindre fait sur le changement climatique. Il se souvenait de ses œillères, qu’il pouvait savamment appeler biais cognitif d’ancrage, maintenant qu’il s’était affranchi de son émotion. Mais c’était un chamane qui l’avait sorti de là, pas un ado sans mains au bord d’une rivière… La seule chose qu’il pouvait faire, c’était de lui donner de l’amour et attendre qu’elle se calme.
Alors, il ferma les yeux, détendit légèrement son étreinte, et l’accueillit.
Alors, le monde bascula.