Marise retrouva Noah au jardin. Il avait réussi à enfoncer cinq coupelles dans le potager, visiblement à coups de talon, et à ouvrir le carton du pack de bières. Il restait à les décapsuler et à les verser pour attirer et noyer les limaces. Une tâche qui requérait des mains.
Ce serait quand même bien qu’il retrouve ses mains, c’est sacrément chiant quand même.
Sans se départir de son sourire, elle se mit à la tâche.
Il y avait quelque chose d’agréable à être regardée par un garçon si pur que la perversité ne semblait pas l’avoir atteint. Et d’excitant à le haranguer par des poses volontairement suggestives tout en restant à la limite de la provocation.
Dire que tout cela prendrait fin au retour des deux autres.
Décidée à en profiter, elle lança :
— Tu me montres où il y avait la licorne ?
Un sourire illumina Noah, pas tant à l’idée de la licorne qu’à celle d’être en mesure de répondre à la demande. Ils se mirent en chemin vers le ruisseau.
— C’était là, dit-il en pointant de son bras et de main molle pendue au bout. Mais c’est John qui l’a vue, moi je l’ai juste entendue.
— C’est quand même plus pratique de l’entendre que de la voir…
— Est-ce qu’on se croit moins fou à entendre des voix ou à voir des créatures légendaires ?
— Très bonne question. Tu peux l’appeler ?
— L’appeler ?
Noah réfléchit.
— Sans doute. On ne craint rien à essayer.
— J’appelle la licorne qui était dans ce ruisseau et voulait bien parler à moi et à John.
— Je suis devant toi, Noah.
Marise vit Noah écarquiller les yeux. De toute évidence, quelque chose avait répondu. Et elle avait une question très précise à poser à la licorne, symbole de pureté. Elle allait la formuler quand Noah la regarda elle, puis que son regard descendit sur son ventre. D’habitude, il s’arrêtait à ses seins. Elle attendit.
— L’âme de l’enfant est toujours là.
Elle se prit l’équivalent d’un coup de poing dans l’estomac.
— Nous devons lui permettre de partir, et pour cela, tu dois aussi accepter qu’il parte, Marise.
Il fit une pause en fronçant les sourcils, comme s’il cherchait à comprendre ce que lui disait l’être fantastique.
— Ce n’est pas grave, pour un enfant, de ne pas naître. Mais si tu t’accroches à lui, tu retardes son âme dans le choix de sa prochaine incarnation, ou un truc comme ça.
Marise sentit ses jambes se dérober sous elle. Elle fondit en larmes.
Marise reçoit un message diffiile à entendre à propos de son bébé.