Pour Noah, le séjour dans cette maison isolée du monde avait gagné en couleur. Il devait, bien sûr, s’occuper des poules, des lapins et du jardin, dans la limite de ses maigres connaissances de citadin éduqué par une console de jeux vidéos. Les limaces, par exemple, ne s’éliminaient pas après une centaine de clics. Chose qu’il n’aurait, de toute manière, pas pu faire, puisque ses mains ne répondaient pas davantage qu’à son arrivée.
— Fais des trous et mets-y de la bière.
La tirade du nain s’accompagna de l’image d’une coupelle de bière à raz le sol.
— Il y a de la bière ?
— Évidemment ! C’est mieux pour qu’on aide au jardin, si on peut avoir de la bière. Je vais te montrer où elle est.
— Je ne te vois toujours pas, tu sais…
— Je sais où il y en a, annonça soudain une voix derrière lui.
Noah se retourna vivement, comme un enfant pris la main dans le sac.
— Théo !
— Au moins, moi, tu me vois. Je vois que tu as progressé, Noah.
— Pourquoi maintenant ? Est-ce parce que je cherchais à voir l’esprit du nain ?
— C’est Alphonse qui m’envoie avant que son potager ne soit ruiné.
Théo ouvrit la voie vers la maison dans laquelle il entra en passant à travers la porte. À sa suite, Noah manqua se la prendre dans la figure. Il voulut entrer, mais elle était verrouillée.
— C’est pas sec ! cria Marise de plus loin dedans.
— Ah, crotte. Je cherche de la bière pour les pièges à limaces.
Je t’apporte ça.
Une minute après, Marise ouvrit la porte et lui tendit un pack de bières premier prix.
— Il y en a aussi des bonnes, mais tu m’as dit que c’était pour les limaces.
— Tu es un trésor !
Noah réceptionna l’emballage sur ses bras au moment où il se tendait vers elle pour l’embrasser. Il dut se concentrer pour stabiliser le tout.
— Je sais. Hop ! Retourne avec tes fantômes, j’ai pas fini ici !
Elle referma aussitôt la porte.
Noah apporta le pacte au jardin, le déposa, puis réfléchit. Il repéra une limace et lui demanda :
— Je suppose que tu ne sais pas ouvrir des bières ?
Aucune réponse.
— Dis, Théo, quand est-ce que je vais retrouver mes mains ? Même une, ce serait rudement pratique.
Théo le regarda longuement, puis finit par déclarer :
— Après ta prochaine dépression.
Le sourire benêt typique de l’adolescent amoureux s’évanouit à mesure qu’un glaçon envahissait son estomac.