— Alors on a suivi le Nain jusqu’à la rivière, et il a montré la pierre !
Théo exhiba le cristal aux arêtes polies par l’eau. Il était d’un bleu profond, marqué de quelques zones grises que zébraient des veines ocre-rouge.
— Ce n’est pas un vulgaire caillou, en effet, admit Marise. Qu’est-ce que ça faisait au fond de la rivière ?
— Mais il y avait plus ! ajouta Théo en ignorant la remarque. Il y avait une licorne dans la rivière !
Marise pouffa, puis partit dans une crise de rire tandis qu’Alphonse se contenta de plisser les paupières.
— Une licorne ! s’exclama Marise avant de rire à nouveau. Vous êtes sûr que vous n’avez pas fumé un joint, les gars ?
— J’en suis certain ! rétorqua Théo. On allait lui parler avant que tu raboules avec ton foutu lapin qui s’était fait la malle ! On aurait…
— Ça suffit, les enfants.
Alphonse avait à peine élevé la voix, mais un silence total se fit. Marise retenait à grand peine son fou rire. Pour la première fois depuis son arrivée, Noah sentit la bonne humeur du chamane disparaître.
— J’ai besoin d’un moment de calme, ajouta-t-il en fermant les yeux.
Les doigts de ses mains formaient un triangle sous son menton. Le chamane discutait probablement avec les esprits alentour pour comprendre les implications de tout ceci. Cela dura juste le temps que Noah essaie une nouvelle fois de bouger ses mains. Sans succès.
— Une licorne, donc, déclara Alphonse. Et un nain qui vous donne un cristal tout indiqué pour servir de pendule. Je ne peux pas dire que ça tombe à point nommé, Noah, car Théo et moi allons nous absenter quelques jours pour un rituel en Ardèche. Comme tu ne peux pas utiliser tes mains, le seul exercice sera la télépathie avec le cristal, comme tu le fais avec Caroline. À mon retour, nous verrons pour la suite. Marise, tu devras t’occuper de lui pendant ce temps, et poursuivre les exercices que je t’ai donnés.
— Mais, qui va nourrir les lapins ? s’inquiéta Théo. On a vu ce que ça a donné aujourd'hui…
— C’est toi qui t’es barré comme un salaud ! rétorqua Marise.
— J’ai toute confiance en eux deux pour y arriver, décréta Alphonse en retrouvant sa bonne humeur. Ainsi que leur capacité à cuisiner, à moins qu’ils ne souhaitent profiter des bienfaits du jeûne. Je vous suggère de bien finir vos assiettes.
Sans laisser à quiconque le loisir de répliquer, il se leva et quitta la pièce.
Marise fixait Noah avec dégoût. Lui-même craignait ce qui allait se passer. Elle ne le portait pas dans son cœur et lui non plus, mais s’il avait besoin d’elle, elle n’avait aucunement besoin de lui.
Galère en vue…