Marise avait été la première à la douche, puis Noah y était passé. Ils sirotaient tous deux une tisane brûlante pour finir de se réchauffer. Noah partagea son immense sagesse :
— Il n’y a pas à dire, des vêtements secs, c’est le pied.
— Ouep…, répondit-elle en regardant le plafond.
Noah avait suffisamment eu l’occasion de lever la tête pour savoir qu’il n’y avait rien à voir là-haut.
— Tu te souviens de ce qui s’est passé ? lui demanda-t-il.
— Tu veux dire avant ou après que tu m’as étouffé sous ton poids mort ?
Noah soupira, gêné. Marise se rattrapa :
— Quand j’essaie de m’en souvenir, j’ai la migraine qui revient au triple galop.
— Elle te protège sans doute…
— Comment ça ? Ça fait un mal de chien, ouais !
— Tu aurais encore plus mal si tu te souvenais de ce que tu pensais sur le moment.
— Que sais-tu, Noah ? Je ne te savais pas télépathe. Enfin, si, mais qu’avec les nains, les tortues, les chamanes… Ok, tu es télépathe, mais sais-tu lire dans mon esprit ?
Noah releva la tête, rencontra son regard et se concentra dans un air des plus comiques. Puis il soupira.
— Apparemment pas.
— Tant mieux, décréta Marise. De quoi tu t’souviens, toi ?
— Je me souviens t’avoir dit quelque chose qui t’a fait partir en vrille. Puis je t’ai serrée contre moi, parce que je ne savais pas quoi faire d’autre. Puis on était tous les deux sous une cascade, et ton cœur y jetait des idées noires, qui partaient sous la terre. Je me souviens que ça tournait en rond et que je cherchais un moyen de te libérer de ce cycle, que la dame m’a souri, puis… plus rien. Mon souvenir suivant, c’est ton coup de coude dans les côtes, conclut-il en se massant le point douloureux.
Marise considéra les propos de Noah, puis lui demanda :
— Qui est la dame ?
— C’est… Comment dire ? Une incarnation de l’amour inconditionnel. Je l’ai trouvée quand j’étais dans le caveau.
— Attends, attends… Dans le caveau, il y a une femme qui est enterrée. T’es sûr que c’est pas plutôt elle ? Comment elle s’appelait déjà ? Machin-chose sorcière de Brocéliande ou un truc comme ça, non ?
— Sainte druidesse de la Lune obscure, je crois. Mais non, c’est celle que j’ai trouvée en tombant dans le puits…
— Quel puits ?
— Euh, dans mon rêve, il y avait un puits, et je devais sauter dedans pour arrêter de tourner autour de la montagne. Bref, on s’en fout. C’est un genre de guide. Elle a essayé de me parler, mais je n’ai rien entendu…
— La belle affaire ! Et mon cœur, il racontait quoi comme merde ?
Noah parut gêné.
— Je ne sais pas si je dois te le dire. La migraine semble t’en protéger. Et je ne veux pas que tu souffres comme tu souffrais alors, Marise.
Marise lui sourit tendrement tout en jaugeant les possibilités.
— Tu as dit que tu n’avais pas réussi à casser le cycle, donc je dois toujours souffrir pareil dedans. Je pense que tu peux me le dire.
— Eh bien, tu t’estimais indigne d’être femme et mère parce que tu avais avorté.
Marise pâlit.
— Ah. Ouais. La classe. Totale.
Elle se mit à pleurer malgré elle. Noah se précipita à son côté. Elle le repoussa.
— Ça va, ça va, je me maîtrise. Juste… Ça fait putain de mal, on dirait un truc qu’aurait dit Alphonse.
— Désolé…
Noah se plaça derrière elle et, posant son poignet contre son front, plaqua la tête de Marise contre son ventre.
Elle ferma les yeux.